Tenir l’apparence, perdre le souffle.
Deux années en Tunisie, au titre de la coopération militaire de mon époux, m’ont ensuite ramenée au Sud de la France, à Fréjus.
Les Vosges étaient bien loin, sous différents angles…
Je pousse la porte d’une usine grise de profilés aluminium.
Nouvel environnement, nouvelle façade.
Au standard, la ligne crépite.
Le peu de confiance que j’ai en moi me dis que je peux au moins répondre au téléphone.
Mais cette expérience allait exiger davantage de Moi.
Garder mon calme. Répondre vite. Obtempérer. Arranger. Sourire, quelque soit mon humeur, mes états intérieurs.
Toujours un outil entre Moi et les humains : combiné, écran, badge.
Une distance de par les rôles également. Je suis standardiste, une pieuvre un brin mécanique, efficace, froide.
Pourtant, à l’accueil, je souris, je suis avenante et élégante, je reçois les visiteurs professionnels, un public essentiellement masculin, tout comme mes collègues.
Pour la jeune femme ignorante que je suis à l’epoque, remplie d’idées préconçues inconscientes sur la nature de l’homme, c’est comme m’installer au milieu d’un nid de guêpes en espérant ne pas être vue ni piquée.
j’aide, j’organise, je réserve, je “facilite”.
Utile, mais exploitable et effaçable.
Une réédition de ma première expérience aux Ecuries. Dans une autre forme.
Les phrases reviennent :
« Je compte sur vous. »
« Peux-tu… ? » — encore, encore, sans espace pour un non.
Et Je dis “oui”,
et j’alèse mes bords pour tenir dans le cadre.
À l’intérieur, cependant, cela frémit : excitation, agacement, bien cadenassés toutefois.
Je n’écoute pas mon corps ; ses signaux me sont invisibles.
Un jour, la digue cède : un ton trop sec envers un commercial.
Convoquée. je suis fautive, nécessairement.
Je ne réfléchis pas une seconde. Ni ne me défends.
Passive, Je prends acte. Je démissionne avant qu’on me remercie.
Fierté mal placée surement.
Ou un soupçon de responsabilité ? sans le savoir.
Une urgence à écouter, qui emprunte le chemin de la rébellion vers l’autorité absurde.
J’ai compris plus tard la mécanique intime :
Si l’inconfort, l’incompréhension, venaient parfois de la pression extérieure, la souffrance, elle, naissait de mon attachement à plaire pour mériter ma place.
Je ne blâme toujours personne.
Je ne le sens pas nettement mais je commence à me réviser.
D’un certain bord.
Quelque chose déjà se dessinait :
la conviction qu’être fiable ne suffit pas,
si j’en perds mon souffle en chemin.
Bientôt, une autre décision me demanderait du courage. Un genre de folie, aussi.
Je la sentais poindre, comme une ligne claire, une évidence, une nécessité non définie encore, sous le brouhaha de mon mal-être…
Et toi,
As-tu déjà senti que tenir l’apparence te coûtait ton souffle intérieur ?
Qu’est-ce qui t’aide, aujourd’hui, à respirer autrement ?
Ma Citation
« Utile sans vivance, je me quitte.
À l’écoute de ce qui respire en moi, je reviens à moi. »
Véronique Briqué





