
Lili vient du monde des Anges, mais elle ne veut pas y croire, sa réalité est trop éloignée de son idéal oublié, enseveli sous la dureté de ce qu’elle connait ici.
Alors elle se risque à nier jusqu’à leur existence, égarée sur une planète perdue, de ce modèle dépassé, qui en est encore à jouer la guerre.
Peut-être un aiguillage mal réglé, la déficience d’une boussole à bord de son Arsenal d’incarnation ; atterrissage raté, elle galère.
Depuis sa naissance, des histoires de décalage, toujours trop ou jamais assez, des mauvais dosages, une tension continue, ce qui la rend mature avant son âge.
Les signes sont traduits depuis la pauvre superficie et volent toute la place à l’intuition ; les ressentis étouffés, en silence, elle apprend vite pour ne pas déranger.
A l’aveugle, nue mais si tôt engoncée de souffrance, elle avance, de travers, interdite de colère, ses pensées reluisent de patience et d’incompréhension, un grand écart promesse de perdition.
Lui suggérer de prier devient une provocation, comment oser, quand le cœur et les ailes sont si vite brisés, à peine lâchée dans la fosse aux lions ?
Car il s’agit de cela, pour Lili, qui ne se rappelle plus le chemin d’aucune maison, une errance au creux d’un désert de sens et d’ambition, au bord de la capitulation.
Un pas après l’autre, Elle perce la misère, sans servir sa guérison et s’éloigne de sa reconnexion d’avec sa famille originelle.
Dans ce déni, dégoutée, Elle frôle un retour anticipé mais le sort, que tu nommeras comme il te plaira, décide d’un tour supplémentaire pour cette chose un jour réduite à rien.
Lili ne le sait pas, sa deuxième chance sur cette Terre ne fait que commencer, sa qualité d’ange aucunement réduite, plutôt augmentée par l’épreuve traversée.
Les dessins que ses mains apprennent à tracer sur les corps sera le début de sa nouvelle vie, faite d’alternance entre doute piquant et folle évidence.
Plus rien ne peut l’arrêter, l’art de se mouvoir prend sa puissance dans la renaissance, au début, intriguée, jusqu’à accueillir l’innocence.
Puisque les mains peuvent apprendre, pourquoi pas tout le corps ? et si le corps peut ainsi se faire porte-parole de ce surprenant dessein, pour quoi pas aller plus loin ?
Lili s’élance, en pas de danse soi-disant manqués et ouvre son regard sur la voie de l’équilibre instable, longtemps craint, aubaine malicieuse de tous les Possibles.
Elle danse pour toutes ces exclamations, ces « Oh, Pardon ! », ces « Désolé », ou encore « je laisse tomber », « ce n’est pas pour moi ».
Des cris désespérés de manque d’amour d’un Soi qui ne s’est pas encore rencontré, des pleurs douloureux de nombreux égarés en quête d’absolu.
Aujourd’hui, Lili veut déployer ses voiles, et toucher la toile vierge ingénue, cette frontière sur laquelle tu t’accueilles, bienvenue, Qui que tu sois.
Enlacée dans l’étoffe de soie du cocon voué à être déchiré, Lili t’invite, dans les tours et les droits, à danser tes émois, tes amours, et à t’exclamer : oh, merci !
Véronique Briqué
Plume en balade poétique