
Je prends des milliers de photos de toi dans ma tête,
Tout ton Toi chéri, que je crois connaitre par cœur,
Et que je re-découvre en ce jour sans fête,
Au fil d’une lumière qui s’éteint dans la peur,
Je brave la nouvelle depuis ma tendre rudesse,
Fière de tenir debout, provoquant l’annonce, la finalité,
Alors que s’effondre dedans ma fragile noblesse,
Ensevelie par la substance de l’être empoisonné,
Ton regard se détourne, personne n’est jamais prêt,
À ce point fatal de déchirure, et je compatis,
Comment imaginer une seule seconde cet « après »,
Quand la terreur saigne l’espoir à blanc, desservi,
Mes yeux t’avalent dans une orgie de clignements agités,
Te saisir en chaque nuance devient mon unique précieux,
Quelles que soient nos dernières volontés, révoltées,
La sentence ne peut m’empêcher de choisir mon adieu,
Face à face, entre insoupçonné courage et rage fulgurante,
Nos corps s’aspirent et se rejettent, déséquilibre expiatoire,
De toutes ces phrases meurtrières lancinantes,
Surgis de nos blessures d’âmes à l’insupportable déboire,
Je me cogne à ton désespoir et feins de pouvoir l’accueillir,
Puisque c’est toi qui va rester, autant te préserver,
Pour Moi, c’est presque plus facile, je suis celle qui va partir,
Et mon amour a toujours été le plus fort en chaque extrémité,
Alors, viens, mon Trésor, dansons jusqu’à vivre sans aucune pensée,
Les sens en éveil, entre l’aube gelée et le flambant crépuscule,
Au-delà de la matière et de l’histoire, osons l’insondable Sacré,
Sculptons ce moment aussi léger qu’une naissance de libellule,
Avec ses cadeaux de toutes natures, il est beau, ce voyage,
Je dis merci à nos actes désemparés, immatures, inconscients,
A l’écriture de ce chapitre sensible, je ne suis pas née déjà sage,
Nos chemins font la trace d’un jeu sincère, et cahotant,
Maintenant fatiguée, je m’allonge sur la Terre, sous les sapins noirs,
Sa fraîcheur contre mon dos me rappelle, bienveillante, d’où je viens,
Bientôt, je glisserai dedans, apaisée, libérée de ce brouillard,
Que j’avais chargé de ces insignifiants doutes et chagrins,
Disposée à m’endormir, j’emporte juste ces clichés de ta beauté,
Miroitante, irisée, dans ces larmes encore résistantes,
Je sais que tu vas jaillir de l’épreuve riche de notre aventure délurée,
Après tout, n’avons-nous pas été surtout et follement aimantes.
Véronique Briqué
Auteure de balades poétiques